
Varsovie, le 23 juillet 1942
Je m'appellerai Gila. Peut-etre j'etais un garcon, peut-etre j'etais une fille. En tous cas, c'est un des deux. Je ne savais pas compter, mais je crois que mon age se comptait sur les doigts d'une main, peut-etre de deux mains. En tous cas, pas plus que deux et, de toutes facons, c'est tout ce que j'ai, de mains. C'etait chaleur et soleil, je crois. On m'avait enveloppe de centaines de grandes personnes ensardinees dans un chariot qu'on aurait dit a betail. C'etait a Umschalgplatz. C'etait peut-etre la main de ma mere que je tenais. C'etait peut-etre la main de mon pere que je tenais. En tous cas, un des deux, j'espere. Peut-etre aucun des deux, je crains. De ma basse grandeur, c'etait difficile de voir les visages des grands, je ne voyais que des genoux et des cuisses. Puis il y eut du bruit. Je ne sais si ce sont les ebranlements du chariot qui part ou des humains entasses qui crient. Surement ce sont les deux. Je tremble en tous cas. Je ne me souviens d'aucune musique dans ma tete. Chopin ne se jouait pas ce jour-la. Juste le bruit de l'ecroulement de mes grands espoirs de petit, juste le bruit de l'ecroulement des petits espoirs des grands. En tous cas, des deux. Puis apres, je ne sais plus. Qu'est-ce que ca sent? Rien, je crois, puis on aurait dit une odeur de chair qui roussit. Puis plus rien. J'aurais pu etre un temoin vivant parlant de mon temps de 1942, je ne suis qu'un temoin mort silencieux chuchotant de son temps de 1942. Peut-etre les deux. J'aurais tant aime marcher, courir et voler, peut-etre les trois. On m'avait parle que j'irais au paradis ou en enfer. Peut-etre les deux. Passer par l'enfer pour aller au paradis. Peut-etre les deux, peut-etre aucun des deux. Mais bon, la Vie, la mort. C'est toujours un peu des deux.
Je m'appellerai Gila. Peut-etre j'etais un garcon, peut-etre j'etais une fille. En tous cas, c'est un des deux. Je ne savais pas compter, mais je crois que mon age se comptait sur les doigts d'une main, peut-etre de deux mains. En tous cas, pas plus que deux et, de toutes facons, c'est tout ce que j'ai, de mains. C'etait chaleur et soleil, je crois. On m'avait enveloppe de centaines de grandes personnes ensardinees dans un chariot qu'on aurait dit a betail. C'etait a Umschalgplatz. C'etait peut-etre la main de ma mere que je tenais. C'etait peut-etre la main de mon pere que je tenais. En tous cas, un des deux, j'espere. Peut-etre aucun des deux, je crains. De ma basse grandeur, c'etait difficile de voir les visages des grands, je ne voyais que des genoux et des cuisses. Puis il y eut du bruit. Je ne sais si ce sont les ebranlements du chariot qui part ou des humains entasses qui crient. Surement ce sont les deux. Je tremble en tous cas. Je ne me souviens d'aucune musique dans ma tete. Chopin ne se jouait pas ce jour-la. Juste le bruit de l'ecroulement de mes grands espoirs de petit, juste le bruit de l'ecroulement des petits espoirs des grands. En tous cas, des deux. Puis apres, je ne sais plus. Qu'est-ce que ca sent? Rien, je crois, puis on aurait dit une odeur de chair qui roussit. Puis plus rien. J'aurais pu etre un temoin vivant parlant de mon temps de 1942, je ne suis qu'un temoin mort silencieux chuchotant de son temps de 1942. Peut-etre les deux. J'aurais tant aime marcher, courir et voler, peut-etre les trois. On m'avait parle que j'irais au paradis ou en enfer. Peut-etre les deux. Passer par l'enfer pour aller au paradis. Peut-etre les deux, peut-etre aucun des deux. Mais bon, la Vie, la mort. C'est toujours un peu des deux.



